Un retraité reprend du service
Après une longue carrière active, 40 années, durant lesquelles chaque jour il a tracé son sillon par tous les temps, la pluie, le froid, le vent l'hiver, sous le soleil brûlant l'été, il a pris une retraite très attendue et bien méritée.
Du marais vendéen ou il exerçait son activité de labour, il pouvait apercevoir par beau temps dans la baie de Bourgneuf, dans leur va et vient quotidien les chalands de travail des ostréiculteurs. En été, c'était les voiles blanches, les spinnakers colorés des fiers et beaux voiliers de croisières qui le faisait rêver à des lendemains pleins de mer et de vagues. Le vent le giflait d'embruns iodés qui montaient de la mer. Le printemps l'embaumait de l'odeur des tamaris en fleurs.
Ce qu'il aimait par dessus tout, c'était de s'enivrer chaque jour des paysages de la mer et du ciel chaque jour différents. Des odeurs mêlées âcres et prenantes de la vase sableuse, des végétaux en décomposition, des roselières, qui recouvre le marais à marée basse quand le mer se retire des étiers.
Des odeurs particulières, qu'il ne pouvait tout à fait définir, mais qui le rendait heureux, qui le mettait en parfaite symbiose avec la nature. Lui le marin de la terre. Il aimait le bruit sourd du ressac des vagues léchant le sable des plages, recouvert par grand vent. par les cris aigus des mouettes et des goélands volant tout autour de lui.
Que de projets d'évasion de sa terre, n'avait il pas fait durant toute ces années de labour, lorsque sonnerait pour lui enfin, épuisé, l'heure de la retraite.
Hélas, depuis bientôt un an qu'il avait cessé toute activité et que son patron l'avait remisé au fond d'un hangar, il s'ennuyait ferme. Je suis devenu un bon à rien se lamentait-il ?
Envolé les beaux projets. Disparus les grands espaces maritimes, les bateaux, les odeurs des marais, les arabesques gracieuses des oiseaux de mer….Je suis condamné à mourir solitaire. Lui qui a tant donné aux hommes!.
En ce début du mois de février 2010 son destin a basculé, Jean-Claude, notre ancien matelot de Saint-Gilles qui passait par là, l'a remarqué tout au fond de son garage. Jean-Claude lui a parlé de La Cale 2 l'Ile, de la Loire, de l'Ile de Nantes, de Thétis, d'Amphitrite, de La Reine de Cordemais, de La Sereine….du St-Michel II, de Jules Vernes, des Machines de l'Ile, de l'Eléphant géant, de la Grue Jaune, des rassemblements de vieux gréements, de Pont-Aven, refaisant naître en lui, des images, des rêves, ses envies d'évasion.
Il est fort notre matelot Jean Claude pour vous embarquer avec lui dans ses longs voyages de par le monde. Notre retraité n'y tenant plus, devant tant de promesses de voyages extraordinaires a aussitôt abandonné sa remise pour le suivre.
Le 24 février, jour de la Saint Modeste il est arrivé sur un plateau au 31, quai des Antilles, encore tout couvert de boue, l'habit défraîchi. Jean-Claude et Grégory qui l'attendaient, l'ont aussitôt pris en main pour une toilette complète et une remise en état de ses vaillants 40 CV. Son sang vous pourrez le voir sur le sol du hangar est encore couleur d'encre noire, sa carrosserie couverte de rouille. Mais il a fière allure du haut de ses 2,30 mètres, campé sur ses 4 roues près de la coque immaculée du St Michel II "l'hirondelle de la mer".
On nous l'assure sa garde robe va être rafraîchie et vous le verrez bientôt tout pimpant s'activer sur le parc à bateaux, dans la Cale 2, dans le hangar 31, tractant nos bateaux du patrimoine, heureux de reprendre du service. Il donnera encore le meilleur de lui même, retrouvant dans notre estuaire lors des marées le bruit du ressac de l'eau sur les cales, les odeurs de limon qui montent du fleuve, les cris des oiseaux de mer qui par grand vent survolent les quais.
Vous le remarquerez notre beau tracteur SOMECA-FIAT agricole. MODESTE c'est son nom!.





