Mardi 17 février 2009, nous partîmes deux ; mais par un prompt renfort nous nous vîmes deux en arrivant à l'Île d’Espagnac près d'Angoulême.
Juste un peu d’humour avant de vous conter notre voyage en Charente pour livrer le modèle du lest du Saint-Michel 2 à la fonderie SAFEM.
En fait, la veille, notre gabarit a été pris en charge par une équipe d’emballeurs professionnels dont je tairais ici le nom. Discrétion oblige. Je crois qu’ils n’auraient pas pris plus de précautions pour protéger de chocs pouvant être violents une douzaine d’œufs déjà fêlés. Nos pièces de bois sont emmaillotées, sanglées, bichonnées, rien ne bouge. La remorque est chargée, tout est amarré. Nous sommes parés. Mardi à 9 heures, nous sommes prêts à appareiller, non en fait à démarrer. Capitaine Daniel s’installe à la barre, non décidément au volant !!! Il s’agit d’une bagnole, pas de confusion... En bon matelot, je vérifie les portières, tout va bien. C’est parti. À peine avons-nous fait deux cents mètres qu’une voix suave nous annonce :
« Dans quarante deux mètres et vingt huit centimètres prenez à gauche la direction de Bordeaux ».
Surpris je cherche la passagère, il n’y a que deux sièges, je regarde dessous, personne. Je commence à m’affoler, elle est peut-être accrochée sous la voiture, mais dans sa grande sagesse Daniel me rassure :
« C’est Tom-Tom mon GPS. »
À bon, il fallait me le dire, moi le progrès... Ensuite trois cents kilomètres droit devant. Pas d’arrêt pipi, pas d’arrêt bibine, la désespérance quoi. Vers midi trente, pub pour un restaurant : La Belle Cantinière, menu pas cher service rapide. Je tente le coup :
- « Avec un nom comme ça, ils ne peuvent pas prendre de risques, la serveuse doit être canon !
- Sans doute, mais on n’a pas le temps, il faut livrer le lest. »
Très bien, roulez bolides…
Banlieue d ‘Angoulême, Tom-Tom ne rate pas une rue. Treize heure entrée dans la fonderie avec notre précieux chargement. La secrétaire nous accueille, mais la personne qui doit nous recevoir est partie déjeuner. Nous en faisons autant. Un petit restaurant se trouve à côté, nous en profitons. Au menu, andouillette de Troyes pâtes fraîches. L’andouillette est venue de l’Aube à pied, mais elle n‘est pas trop fatiguée. Sous un prétexte fallacieux, Daniel m’offre le repas et je profite de l’occasion qui m’est donnée ici pour le remercier encore.
De retour à l’entreprise, nous faisons connaissance avec le responsable Monsieur Albessard qui nous reçoit chaleureusement. Il a déjà vu et apprécié notre travail puisque nous avions laissé la voiture et la remorque sur le parking. Après une courte discussion, nous filons vers l’atelier de modelage pour déposer notre fardeau. Un peu tendus, nous attendons la sentence de l’homme de l’art. Et elle tombe laconique :
« Si les professionnels pouvaient nous livrer un travail comme ça, on serait moins emmerdé !!! »
Il est bien évident que cette reconnaissance un peu bourrue s’adresse à tous ceux qui ont participé de près ou de loin à la réalisation du modèle qui servira à couler la pièce en fonte. Je pense bien sûr à Christian et Yves, à Louis et Alain ainsi qu’à Dominique et à tous ceux qui ont donné un peu de leur temps pour enduire et poncer notre bloc de bois.
Monsieur Albessard nous annonce d’abord la livraison du lest terminé pour fin avril, mais après une nouvelle étude de ses planifications, il nous promet un délai probablement plus court mais sans nous préciser de date.
À notre demande et de bonne grâce, il nous fait visiter la fonderie. C’est vraiment l’antre de Vulcain. Partout du feu, des flammes, des étincelles. Le bruit est infernal, on ne se parle pas, on communique par gestes. La poussière de sable masque la lumière. L’odeur du coke et du métal en fusion imprègne tout l’espace. Des fondeurs démoulent une pièce de trente-quatre tonnes. Elle mettra plusieurs jours à refroidir. D’autres ouvriers ébavurent des cylindres de presse qui font six mètres de long et deux mètres de diamètre. Ces rouleaux seront transportés par pont roulant sur des machines-outils énormes, là, ils seront rectifiés et alésés au dixième de millimètre. Du noir de la suie jaillit l’éclat de la fonte polie. Du chaud du haut-fourneau naît la pièce glacée. Un univers de contrastes violents. Nous nous retrouvons sur le pas de la porte, un peu sonnés, heureux de respirer l’air extérieur.
Il est temps pour nous de prendre congé et de rejoindre Nantes. Nous quittons Angoulême, Daniel conduit. Après quelques dizaines de kilomètres, nous faisons le plein de la voiture et je prends le volant. Une douce torpeur s’installe, les mots se font plus rares, même TOM-TOM s’endort et je rate l’entrée sur l’autoroute. Ce petit détour nous permettra de visiter la banlieue de Niort.
Ensuite, rien à signaler. Les kilomètres qui défilent.
Nous arrivons à la Cale vers 19 heures, un nouveau bordé vient d’être posé...






